L’Empire colonial français (1608-1931), de Dimitri Casali et Nicolas Cadet
Sont ainsi passés en revue les deux empires français, celui des XVIe-XVIIe siècles en Amérique et dans l’Océan indien, et celui dont l’histoire s’étend de 1830 à 1931. Le soleil ne se couche alors jamais sur un empire de 12 millions de kilomètres carrés, et 50 millions d’habitants.
Les auteurs ne méconnaissent pas les erreurs et les excès qui ont été commis, mais il les mettent en relation avec la lutte contre les esclavagistes africains et les conquérants ottomans ou chinois. Aucun territoire ou thème de réflexion n’est oublié : la Louisiane, les Caraïbes, les Mascareignes, l’Égypte, la protection des chrétiens d’Orient, l’œuvre des missionnaires, le loyalisme des troupes indigènes.
L’épopée des Cartier, Champlain, Montcalm, Dupleix, Gallieni, Faidherbe, Mangin, Brazza et Lyautey est mise en valeur, ainsi que l’œuvre sanitaire des Laveran, Foley, Calmette et Yersin, et le prodigieux développement des infrastructures (routes et voies ferrées, hôpitaux, ports et aéroports, écoles, barrages et canaux).
L’histoire s’arrête aux années 30, quand les colonies deviennent un fardeau économique (cf. les ouvrages de Jacques Marseille et Daniel Lefeuvre) et quand on remet en cause l’idéologie humaniste qui justifiait l’Empire et le projet sous-jacent d’assimilation.
Ce livre devrait être acquis dans toutes les familles où les enfants sont le plus souvent ignorants de ces questions ou désinformés par des cours d’histoire plombés par la partialité et la repentance.
Maurice Faivre
Dimitri Casali et Nicolas Cadet, L’Empire colonial français (1608-1931), éd. Grund, 192 p., 34,95 €
Mai-juin 2013. Glorieuses défaites et grandes sagas. Camerone : 150 ans.
Novembre-décembre 2003. Les énigmes du terrorisme. Netchaïev et les nihilistes russes…
Novembre-décembre 2006. 1956. Budapest, Alger, Suez. La Hongrie de Horthy.
Hors-série n°1 (automne 2010). L’Afrique. Des colonies à l’indépendance.
La guerre d’Indochine, d’Ivan Cadeau
Sa présentation chronologique du conflit est pleinement justifiée, d’autant plus qu’il dégage de nombreuses thématiques. Parmi celles-ci, citons la défaite de 1940 en métropole qui signifie en Indochine l’effacement de la France comme grande puissance, ce dont profitent les Japonais. L’armée française est confrontée durant les années 1946-1954 à une guerre révolutionnaire à laquelle elle est mal préparée, même si l’auteur souligne l’emploi judicieux des troupes aéroportées et amphibies.
Enfin le coût exorbitant de la guerre pour le budget de la France – 3 % du PIB – qui obère gravement les finances du pays.
Mais le plus affligeant est que les dirigeants politiques successifs ont totalement failli et n’ont su donner aux chefs militaires successifs ni des objectifs clairs ni a fortiori les moyens pour les atteindre.
Il existe peu de synthèses de qualité sur cette guerre que la France ne pouvait gagner, si ce n’est celle du général Yves Gras qui fait encore aujourd’hui autorité. Le mérite d’Ivan Cadeau est de nous en proposer une nouvelle bien écrite, fluide, nuancée, qui tienne compte de tous les apports historiographiques récents.
Max Schiavon
La guerre d’Indochine. Par Ivan Cadeau, Tallandier, 620 p., 26,90 €
Hors-série n°2 (printemps-été 2011). La Vendée et la Terreur. Le peuple contre…
Hors-série n°3 (automne-hiver 2011). La guerre de Sécession 1861-1865.
Septembre-octobre 2004. Le monde de 1914. Une Europe moderne et…
Mars-avril 2008. Noblesse et chevalerie. Chevaleries médiévales et templiers.
Michèle Escamilla, Le Siècle d’Or de l’Espagne. Apogée et déclin, 1492-1598
Partie d’une thèse sur « Le Cuzco à la fin du XVIIe siècle », elle s’est ensuite consacrée à l’Inquisition et surtout à Charles Quint. Écrite avec Pierre Chaunu, sa biographie de Charles de Gand, élu empereur en 1519, fait référence. Ici, elle nous propose un Siècle d’or qui traite de la puissance dominante du XVIe siècle.
Rien n’eut été possible sans les trente ans de règne des Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Ils font mieux que poser les fondations, ils livrent à un étranger, Charles de Gand, un puissant royaume en train de se donner un empire colonial de la taille d’un continent. Tout le XVIe siècle, ou presque, est couvert par les deux premiers Habsbourg, Charles Quint (1516-1556) et son fils Philippe II (1556-1598). Ils sont à la tête d’un empire mondial mais dont l’Espagne reste le cœur.
Riche en hommes, elle donne à cet empire des « personnalités impressionnantes… hors du commun », tels le cardinal Cisneros, Don Juan d’Autriche, Hernan Cortes, Francisco Pizarro, Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila…
Michèle Escamilla privilégie les conflits en Europe et dans le bassin méditerranéen. Elle laisse à l’arrière-plan les guerres intestines des deux règnes (la révolte des Comuneros, la deuxième guerre de Grenade contre les Morisques) et les possessions américaines ne sont là que pour les métaux précieux qui alimentent les guerres. Des pages très fortes, parfaites d’analyse, sont consacrées aux Gueux des Flandres, à Lépante, à l’Invincible Armada (1588) ce coup terrible porté par les Anglais qui ébranle la « fière assurance » de l’Espagnol du XVIe siècle. Il reste que le déclin politique n’implique pas la décadence culturelle. Lope de Vega, Calderon, Murillo, Zurbaran, Vélasquez sont du siècle suivant.
Méditant sur l’Escorial, le philosophe Ortega y Gasset s’exclame : « Cette architecture est le vouloir à l’état pur, désir violent, élan incoercible. Mieux que nulle part ailleurs nous apprenons là ce qu’est la substance espagnole, qu’elle est la source souterraine d’où est sortie en bouillonnant l’histoire du peuple le plus anormal d’Europe. »
Il est parfois utile à tous d’être « anormal » !
Jean-Joël Brégeon
Michèle Escamilla, Le Siècle d’Or de l’Espagne. Apogée et déclin, 1492-1598, Tallandier, 848 p., 29,90 €
Hors-série n°13 (automne-hiver 2016). Terrorismes : histoire et actualité.
Janvier-février 2006. De la colonisation à l’immigration. Les vingt jours qui ont…
Juillet-août 2010. L’Afghanistan, un sacré piège ! Trente siècles d’histoire agitée…
Novembre-décembre 2010. Les années 30. Rêves et révolutions. Le style des années…
Si l’on s’intéresse aux causes lointaines, la guerre d’Indochine n’a pas commencé en 1945, mais trois siècles plus tôt, en 1625, quand débarque au Vietnam un jésuite français, le R.P. Alexandre de Rhodes. À sa façon, cet homme remarquable est un conquérant, comme ses confrères qui entreprennent à la même époque une tâche analogue au Japon et en Chine. S’emparer des esprits n’est pas la moindre des conquêtes. Ces missionnaires s’inscrivent dans le grand mouvement d’expansion occidentale qui a commencé au siècle précédent. La propagation d’une religion radicalement étrangère à la tradition d’un pays de très ancienne civilisation, provoquera au fil du temps des réactions de défense immunitaire. Elles seront d’autant plus vives que, dans le sillage des missionnaires, accostent des commerçants aux dents longues, des marins et des soldats. En dehors d’exceptions, les colonisateurs sont aussi universalistes dans leurs desseins que les Américains d’aujourd’hui, convaincus qu’ils sont d’apporter « la » civilisation et le « progrès » pour le bien de tous. Ainsi débute l’histoire équivoque de la colonisation qui, pour l’Indochine, ne devient effective qu’à partir de 1858.
Après coup, quand viendra l’énorme lame de fond du reflux européen, il sera facile de juger le passé avec sévérité et de se livrer aux délices de l’auto-culpabilisation. L’anticolonialisme dressera le tableau le plus noir du passé, provoquant des ripostes qui flatteront les réussites en masquant les ombres. Polémiques stériles. En Indochine et ailleurs, l’aventure coloniale de la France n’avait été qu’un moment particulier du grand mouvement d’expansion qui jeta les Européens sur toutes les routes du monde, véritable mouvement tellurique, au même titre que les grandes invasions, les changements climatiques ou les effets des révolutions techniques. La faiblesse attire la force comme le vide attire le plein, et personne n’y peut rien.
Au XIXe siècle, face à l’envahissante supériorité technique et matérielle de l’Europe et des États-Unis, si elles voulaient survivre sans être dominées, les autres nations, notamment en Asie, étaient contraintes de s’occidentaliser, donc de se renier. Défi gigantesque et souvent mortel auquel le Japon a été le seul à répondre par ses propres moyens. Ce fut une formidable révolution que celle de l’ère Meiji, conduite par la caste militaire des samouraïs, mais révolution réussie puisqu’elle est parvenue à préserver une part réelle de la tradition japonaise au sein de la modernité. L’Inde constitue un cas à part dans la mesure où la colonisation britannique, n’ayant pas eu un effet de « table rase », a laissé subsister une part notable de la tradition hindoue enracinée dans le système des castes. Pour la Chine et le Vietnam (1), il n’en fut pas de même. La modernité leur fut imposée de l’extérieur, par l’adoption de systèmes spirituels étrangers, destructeurs de leur tradition spécifique. En Chine, ce fut le rôle du communisme, système mental et social issu des pathologies européennes. Quant au Vietnam, il subit d’abord l’acculturation de la colonisation française, et fut laminé ensuite, comme la Chine, par le communisme qui sut exploiter à son profit un puissant éveil nationaliste.
Après 1945, le reflux fut plus ou moins intelligemment conduit. Les Britanniques, dont l’empire était beaucoup plus vaste que celui de la France, ont su réaliser leur retrait le moins mal possible pour eux-mêmes. On ne peut en dire autant des Français. Au Vietnam, l’aveuglement de tous les gouvernements, depuis 1945, a conduit à une guerre cruelle que le pouvoir politique refusait d’assumer tout en s’y soumettant. Ne furent grands que les combattants. Alors que la société politique de l’époque n’inspire que mépris et dégoût, les soldats furent souvent admirables. C’est en eux que se maintenait l’âme d’un pays veule et assoupi.
Dans les derniers jours de la bataille de Dien Bien Phu, alors que tout était perdu, 1 520 volontaires dont 680 non parachutistes se présentèrent pour sauter dans la fournaise. Parmi eux, des plantons et des secrétaires. Pourquoi ont-ils fait cela ? Pour les copains, par enthousiasme sacrificiel, par une sorte d’espérance tragique. Dans les heures noires comme dans les autres, souvenez-vous de ceux-là. Ils incitent à se tenir debout.
Dominique Venner
Le choc de la colonisation. Par Dominique Venner
Actualité de l’histoire
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Juillet-août 2004. La révolution de 1944. De Gaulle et les communistes. Une…