Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde, de Christophe Dickès
Dans cet ouvrage, qui fait suite à l’indispensable Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège (Robert Laffont, coll. Bouquins, 2013), Christophe Dickès dresse le portrait de 12 souverains pontifes particulièrement marquants. Le choix des figures retenues permet de définir une typologie significative : les fondateurs avec saint Pierre, les rois avec Grégoire VII et Boniface VIII, les spirituels avec saint Pie V et saint Pie X ou encore les universels avec trois papes du XXe siècle dont le polonais Karol Wojtyla, Jean-Paul II, récemment canonisé.
Ces catégories renvoient à des personnalités qui, à chacune des époques considérées, ont été amenées à répondre à des défis spécifiques : la chute de l’Empire romain, la Réforme protestante, la philosophie des Lumières ou, aujourd’hui, la mondialisation.
L’œuvre législative et politique des différents pontifes révèle une institution inscrite dans le temps long et l’auteur montre que les changements sont, au Vatican, le fruit de mouvements de longue durée. À ce titre, il insiste sur le non-sens que représente l’idée d’un pontificat qui correspondrait à une rupture, les successeurs de Pierre étant des « continuateurs du Christ », qui continuent la tradition et l’histoire de l’église.
Outre l’intérêt historique de ces biographies pontificales, l’ouvrage permet d’éclairer la question des rapports longtemps incertains entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel dans l’histoire de l’Église.
Christophe Dickès, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde, Tallandier, 380 p., 21,90 €
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Il existe bien d’autres religions d’origine vénérable à travers le monde, mais aucune n’a eu un destin comparable, en ce sens où aucune n’a édifié sur la longue durée une telle institution de pouvoir se posant à la fois en rivale ou en appui du trône ou de l’État. Nous en faisons l’analyse dans notre dossier. Pour ma part, je m’en tiendrai à l’essentiel révélé par l’histoire.
À la suite d’une série d’imprévus historiques majeurs, vers la fin du ive siècle de notre ère, un culte d’origine orientale fut adopté comme religion d’État obligatoire d’un Empire romain devenu cosmopolite. En trois siècles (l’espace de temps qui nous sépare de Louis XIV), la secte juive des origines était devenue une institution sacerdotale imprégnée de philosophie grecque. Saint Paul (à la fois Juif et citoyen romain) l’avait ouverte à tous les non-circoncis (les gentils). Il en avait fait une religion destinée à tous les hommes. Immense révolution !
Ce projet d’universalité paulinienne coïncidait avec la réalité universelle de l’Empire. Il en était même le décalque, ce qui favorisa son adoption après des périodes de conflits (sans parler des hérésies). Pour un Empire à vocation universelle, une religion qui se voulait celle de tous les hommes convenait mieux que la religion des dieux autochtones de l’ancienne Rome. On pense rarement à cette réalité capitale. Tout plaidait politiquement en faveur d’une telle adoption, et les apologistes chrétiens n’ont pas manqué de le souligner. À la différence de l’ancienne religion civique, la nouvelle était individuelle. Par la prière, chaque fidèle, quelles que fussent ses origines, était en relation avec le nouveau Dieu. Celui-ci ne s’opposait pas à l’universalité impériale : « Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Les difficultés surgiront ultérieurement sur ce qu’il convenait d’accorder à l’un et à l’autre.
Sinon pour exiger le monopole des croyances et de la parole morale, la nouvelle religion était muette en politique. À cet égard, l’Empire malade de l’époque ne pouvait souhaiter mieux qu’une religion prête à le servir en unifiant tous les peuples et toutes la races dans l’adoration d’un même Dieu sans attache ethnique, prêt à cautionner le pouvoir impérial.
Initiateur du fabuleux projet, l’empereur Constantin, imité en cela par ses successeurs en Orient (Byzance) était bien décidé à intervenir dans les affaires d’une Église qu’il voulait soumise, et à mettre de l’ordre dans les disputes théologiques qui tournaient à l’émeute. Son autorité s’imposa ainsi au concile de Nicée (326) qui établit les fondements de l’orthodoxie catholique en donnant une assise au mystère de La Trinité divine. Devenue obligatoire, ce qui impliquait la conversion formelle de tout titulaire d’autorité, la nouvelle religion se mua en une formidable machine de pouvoir, épousant les structures de l’Empire.
Un siècle et demi après les initiatives de Constantin, surgit un nouvel imprévu aux conséquences colossales. Depuis longtemps, le gigantisme de l’Empire avait conduit à diviser celui-ci en deux. Empire d’Occident (capitale Rome en attendant Ravenne) et empire d’Orient (capitale Constantinople). Une primature était accordée à ce dernier en raison du déplacement du centre géométrique de l’ensemble vers l’Orient. Cela d’autant que la présence toujours accrue à l’Ouest de peuples germaniques batailleurs en voie de romanisation, créait une instabilité mal maîtrisée. C’est ainsi qu’en 476, le dernier empereur d’Occident (Romulus Augustule) fut déposé par un chef hérule nommé Odoacre. Celui-ci renvoya à Constantinople les insignes impériaux. Ainsi finit discrètement l’empire d’Occident (1).
Ne subsistaient à l’Ouest que deux pouvoirs issus de l’ancienne Rome. Celui d’abord des rois et chefs germaniques adoubés par l’Empire, qui sont à l’origine de tous les royaumes européens. Celui, ensuite, d’une Église, riche et puissante, représentée par ses évêques, titulaires de l’administration diocésaine romaine. Dans ce monde neuf d’un Occident en perpétuels bouleversements, vont apparaître cependant deux autres pouvoirs à vocation souveraine, confrontés aux précédents. Et chacun, revendiquera pour lui l’héritage prestigieux de la romanité. Le pouvoir du pape, symboliquement fixé à Rome, et, face à lui, celui des empereurs d’Occident et des rois qui, à la façon de Philippe le Bel, se voudront « empereurs en leur royaume ». Ainsi se dessine le cadre historique de conflits qui se sont prolongés jusqu’à une période récente.
Dominique Venner
Le Trône et l’Autel. Par Dominique Venner
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Charles X et son temps. Par Emma Demeester
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L’Église au risque de l’histoire, de Jean Dumont
Mais ce qui attire aujourd’hui l’attention, c’est le premier chapitre. L’Église primitive fut-elle la meurtrière de l’Empire romain, comme le pensait Gibbon ? Dumont ne s’attarde pas à cette thèse célèbre. Il argumente principalement contre le professeur Louis Rougier qui influença la Nouvelle Droite. Cela n’aurait qu’un intérêt académique si le débat n’avait été relancé par l’ouvrage de Dominique Venner Histoire et Tradition des Européens (Le Rocher, 2002). S’appuyant sur une analyse serrée, Venner n’épouse ni la thèse de Gibbon ni celle de Rougier. Il ne croit pas que le christianisme fut la cause de l’effondrement du monde romain, tout au plus son symptôme. Il rejoint même en partie Jean Dumont quand celui-ci assure que le christianisme a épousé la tradition gréco-romaine qui l’avait précédé, via Aristote et Sénèque, devenant l’héritier de ce qu’il y avait de meilleur dans le paganisme.
Venner ne dit pas autre chose mais il le dit autrement et dans une autre perspective. Pour répondre aux périls mortels sur notre identité, il voit le salut dans le retour aux sources. Cette recherche le conduit très en amont du christianisme, jusqu’à Homère, reconnu comme l’expression primordiale de l’authentique tradition européenne. Venu plus tard, le christianisme fut un greffon étranger, dû à l’évolution du monde romain, ce que ne perçoit pas bien Dumont. Les deux auteurs se rejoignent pourtant sur bien des plans.
Ce qui les distingue, c’est l’interprétation de leur identité. Dumont se veut avant tout catholique. À l’inverse, Venner se veut prioritairement européen ou, pour mieux dire, « boréen », ce qui suppose à ses yeux la reconnaissance d’une tradition spécifique.
L’Église au risque de l’histoire. Par Jean Dumont, Éditions de Paris, 590 pages, 30 €
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Janvier-février 2015. La vérité sur Churchill. Un cœur aventureux. L’échec des…
Fils d’un résistant à la domination gênoise, Paoli (1725-1807) installe un gouvernement à Corte avant de quitter l’île devenue française. Exilé à Londres, il rejoint la Corse en 1791 mais la rupture avec la République l’entraîne dans le camp anglais. Une biographie complète et stimulante de ce héros malheureux de l’indépendance corse.
En s’appuyant sur la « tradition » transmise par les évangiles apocryphes sur la permanence du culte rendu à la mère de la Vierge dans l’Église byzantine et sur les manifestations de cette piété particulière dans l’Occident médiéval, l’auteur montre que la dévotion à Sainte Anne est antérieure à la Contre-Réforme et consacre des pages inspirées aux apparitions d’Auray.
Avec Clausewitz, le général suisse Jomini (1779-1869) a été l’esprit stratégique et le théoricien militaire le plus fécond du XIXe siècle. Tour à tour au service de la France puis de la Russie, il a assisté aux grandes batailles napoléoniennes. J.-J. Langendorf suit pas à pas sa biographie. Il se livre ensuite à une réflexion riche et originale sur le personnage et sur ses pairs, les stratèges autodidactes, les officiers de la « main gauche ».
Il faut saluer l’initiative qui a conduit à la réédition de ces ouvrages écrits vers 1960 par les meilleurs spécialistes (J.R. Palanque pour la période allant de Constantin à Charlemagne ou M. Braure pour L’Église à l’époque classique) et dont les qualités didactiques sont d’excellents antidotes contre la perte de la mémoire religieuse de l’Europe.
Précédée d’une copieuse introduction, réédition d’une étude monumentale (prix de l’essai de l’Académie française). Alain de Benoist montre sans peine que les vues qu’il avait développées vingt ans plus tôt ont trouvé confirmation.
Au XIVe siècle, la Lituanie (le pays de l’ambre) était l’État le plus grand d’Europe.
Les Lituaniens furent les derniers païens d’Europe. Leur langue est apparentée à l’indo-européen. Annexée à l’Empire russe après le 3e partage de la Pologne à la fin du XVIIIe siècle, indépendante de 1920 à 1940, soumise ensuite à l’URSS, elle a retrouvé son indépendance en 1991. L’histoire à découvrir d’un peuple fier et capable.
L’histoire de la patrie de Cioran est mal connue. Par un éminent spécialiste de l’Europe centrale, la voici étudiée, depuis l’époque des Daces (VIe siècle av. J.-C.), la conquête romaine, l’ethnogenèse du peuple roumain et les différentes thèses en présence, les États féodaux (XIe-XIVe siècles), la lutte contre les Ottomans et la période des principautés vassales de l’Empire turc, la lutte pour l’indépendance au XIXe siècle, les drames et conflits du XXe siècle.
Souvenirs d’un très grand critique belge. Pol Vandromme a été mêlé à l’aventure intellectuelle des hussards. Il devint l’ami de Marcel Aymé, Blondin, Nimier, Déon… Le style et l’allure pour morale.
Gilbert Comte était l’une des grandes plumes du Monde avant que ce journal n’amorce le déclin de son virage trotskiste. Dans ces chroniques d’une civilisation détruite, il confirme un talent d’essayiste qui ne s’en laisse pas conter.
Traversée d’un humour corrosif, la protestation vibrante d’un Européen fidèle à la Serbie, qui ne prend pas son parti de la fin d’un monde et n’est dupe de rien.
Historien et romancier, Yves Amiot a réuni dans ce volume certaines des chroniques données depuis dix ans au bulletin de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Un esprit libre qui épingle (Jean-Luc Ferry) ou approuve (Michel Déon, Jean Madiran) sans se départir du droit de critiquer.
Célèbre philosophe ibérique, auteur de La Révolte des masses en 1930. Rebelle au totalitarisme et autres « bigoteries du jour »,il insistait sur les responsabilités qui incombent aux hommes de réflexion. Si les élites cessent d’exercer une fonction d’exemplarité le corps social se déstructure. Ce libéral-conservateur, proche cousin d’Aron et d’Orwell, a toujours déplu aux intellectuels. Une présentation utile.
Spécialiste de la littérature arthurienne, adepte d’une approche pluridisciplinaire,
Philippe Walter dirige l’édition des Romans en prose du Graal à la Pléiade. S’appuyant sur l’étude des textes, l’histoire et l’archéologie, il décrypte la légende du roi Arthur, surgie de la mythologie celtique, de la figure de l’ours sacré des cultes cosmiques. Le mystère se dissipe sans rien perdre de sa poésie.
Recueil après recueil, Jean Mabire réalise une véritable encyclopédie des écrivains à la charnière des XIXe et XXe siècles. Chaque portrait dit tout ce qu’il est utile de savoir sur un auteur et même beaucoup plus. Chacun étant vu dans la vérité de ses enracinements. Ce volume s’ouvre sur Barbey d’Aurevilly et se termine sur Francis Parker Yockey. Entre-temps, Martin Heidegger, André Maurois, Lucien Bodard, Éric Tabarly, etc. L’éclectisme même.
S’appuyant sur une connaissance approfondie du monde slave, Elena Balzamo se livre ici à l’exégèse brillante de La Roue rouge, fresque des tribulations de la Russie de la fin du XIXe siècle au stalinisme triomphant. Le parallèle avec Les Origines de la France contemporaine d’Hippolyte Taine s’impose au fil de son étude. Il se justifie par l’analyse d’une durée historique où le « nœud » des événements renvoie aux « moments » clefs. Présenté par Alain Besançon, l’essai d’Elena Balzamo est un bonheur.
Ce petit essai, préfacé par le général Gallois, se présente comme un plaidoyer pour la constitution d’un partenariat stratégique entre un pôle franco-allemand restauré et une Russie régénérée, face aux visées belliqueuses de l’hyperpuissance américain. L’auteur se situe dans un courant néo-gaullien et souverainiste.
Novembre-décembre 2012. Le conflit du trône et de l’autel. Moyen Âge : le choc des deux…
Mars-avril 2017. 1917, la Russie en révolutions. Relire la Révolution russe…
Septembre-octobre 2003. La guerre d’Algérie est-elle terminée ? Histoire…
Juillet-août 2008. L'Espagne de la Reconquista. Huit siècles de conquête…
Depuis les travaux pionniers de Colette Beaune, on sait que celle-ci n’a pas attendu pour naître la fin du XVIIIe siècle. Après avoir dégagé le gallicanisme des préjugés, souvent véhiculés par l’historiographie catholique, l’auteur présente la place qu’il occupe dans la représentation de « l’identité nationale » qui s’impose progressivement tout au long du XVIIe siècle et spécialement durant les « guerres de religion ».
Contre un État royal prétendant incarner à lui seul l’idée « nationale », les Français du XVIe siècle restent souvent fidèles à Rome, tout en défendant les droits et les libertés de l’Église de France. C’est ce qu’exprime Pierre de L’Estoile en 1610 : « Quand même Rome serait putain comme les Huguenots veulent, encore serait-elle ma mère… »
Ainsi les Français du temps se distinguent de l’Angleterre protestante et d’une Espagne catholique déjà victime de la « légende noire » qui fournissent toutes deux d’utiles contre-modèles. En montrant que la conscience nationale de l’époque ne s’identifie pas à la seule religion royale, l’auteur ouvre de passionnantes perspectives à propos de l’interprétation de la pacification henricienne et du rôle joué ultérieurement par le parti dévot.
Conscience nationale et sentiment religieux en France au XVIe siècle. Par Alain Tallon, PUF, 320 p.
Hors-série n°13 (automne-hiver 2016). Terrorismes : histoire et actualité.
Hors-série n°6 (printemps-été 2013). Napoléon. Leipzig 1813. La fin de l’Empire…
Septembre-octobre 2008. Le réveil de la Russie. Du communisme à la nouvelle Russie…
Mars-avril 2014. La Renaissance, mythe et réalité. Moyen Âge et Renaissance…